Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Azzédine TAIBI
  • Azzédine TAIBI
  • : Bienvenue sur mon blog. Il vous rendra compte de mon action et de mon engagement en tant qu'élu à la Mairie de Stains et au Conseil général de la Seine-Saint-Denis. Il vous informera de mes prises de position et des combats politiques que je mène au quotidien avec et pour les citoyens. Ce blog est aussi l'occasion de recueillir vos remarques et vos propositions pour construire une alternative politique. Alors sans plus tarder, bonne visite et à très bientôt !
  • Contact

Archives

Liste D'articles

Pages

16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 21:52

audin

 

Source journal l'Humanité

Plus de cinquante-cinq ans après l’assassinat de Maurice Audin, dont on n’a jamais retrouvé le corps, le chef de l’État va-t-il faire ce geste qu’aucun de ses prédécesseurs n’a su faire, en reconnaissant officiellement que le jeune mathématicien communiste est mort sous la torture ?

Les 19 ou 20 décembre, François Hollande devrait s’arrêter sur la place Maurice-Audin à Alger, pour rendre hommage au jeune militant communiste assassiné en 1957 par les paras de Massu et Bigeard. Cette étape figure au programme de sa visite en Algérie. Ce serait un geste inédit. Car, plus de cinquante-cinq ans après la disparition de Maurice Audin, le 1er juillet 1957, advenue trois semaines après son arrestation, le 11 juin de la même année, par les paras de Massu et Bigeard – il était alors âgé de vingt-cinq ans –, la France officielle continue d’observer le silence.


Il a eu juste le temps de murmurer : “C’est dur, Henri”.

Dernier à avoir vu Maurice Audin, Henri Alleg a été arrêté le 12 juin, presque par hasard, alors qu’il se rendait au domicile du jeune mathématicien. Là, le directeur d’Alger républicain, alors interdit, est tombé nez à nez sur des policiers et des paras. « Excellente prise ! » s’est écrié le lieutenant Charbonnier, avant d’ordonner à ses hommes de le conduire à El Biar, dans cet immeuble en construction qui servait de PC et de lieu de torture au 10e régiment de parachutistes commandé par le général Massu et où le sinistre commandant Aussaresses donna l’ordre de défenestrer l’avocat Ali Boumendjel.

Une fois sur les lieux, Charbonnier ordonne à son équipe de tortionnaires d’amener Audin afin qu’Henri Alleg le voie. « Dites-lui, évitez-lui les horreurs d’hier soir ! » lance Charbonnier. « Il était défait, hagard. Il a eu juste le temps de murmurer : “C’est dur, Henri”, avant qu’on le ramène. Je ne savais pas alors que je voyais Maurice pour la dernière fois », a raconté à l’Humanité, l’auteur de la Question. Autre témoin à avoir vu Audin avant son arrestation, Sadek Hadjeres, dirigeant du Parti communiste algérien (PCA) : « Ce matin-là, j’étais encore une fois frappé par son calme. Je le quittai peu après avec un petit serrement au cœur, les voyant, Josette et lui, se pencher attendris sur le berceau couvert de tulle de leur dernier-né. Ils pressentaient sans doute, comme moi, que les temps allaient être durs. Ni eux ni moi n’imaginions cependant que, dix-huit mois plus tard, leurs enfants allaient devoir grandir sans le sourire et la chaleur d’un père. »

Maurice Audin, membre du PCA, de la cellule Paul Langevin des étudiants communistes de la faculté d’Alger, né en 1932 à Béja, en Tunisie, mais ayant passé toute son enfance en Algérie, était algérien. Brillant étudiant, nommé assistant à la faculté de sciences d’Alger en 1953 – il avait vingt et un ans –, Maurice Audin préparait une thèse de doctorat d’État sous la direction de René de Possel, que devait encadrer Laurent Schwartz, médaille Fields (l’équivalent du Nobel en mathématiques). Ce sera la seule rencontre entre le jeune mathématicien et son aîné, qui, en 2000, sera signataire de l’Appel des douze pour la reconnaissance et la condamnation de la torture durant la guerre d’Algérie, appel initié par l’Humanité.

À l’instar de nombreux communistes algériens d’origine européenne – Maurice Laban, né dans les Aurès, ancien des Brigades internationales en Espagne, mort en 1956 ; Fernand Yveton, mort guillotiné ; Henri Maillot, mort les armes à la main ; Raymonde Peschard, tombée en Kabylie –, Maurice Audin s’était engagé dans la lutte de libération nationale algérienne. « Mon père comme ma mère étaient des Algériens. Et ils se battaient à leur façon pour la cause de leur pays au sein du journal du Parti communiste algérien de l’époque, qui diffusait des idées politiques », témoignait son fils, Pierre Audin, dans le Soir d’Algérie, en mars 2011. Avant son arrestation, Audin faisait partie d’un groupe qui avait organisé l’exfiltration d’Algérie du secrétaire général du PCA, Larbi Bouhali.

Plus d’un demi-siècle est passé et l’affaire Audin est loin d’être élucidée. À cela, plusieurs raisons : entre autres, le fait qu’elle soit symptomatique du sort de ces milliers de jeunes Algériens interpellés par les militaires français et dont personne ne sait ce qu’ils sont devenus. Paul Teitgen, alors préfet d’Alger, ancien résistant et rescapé de Dachau – qui avait signé plus de 24 000 assignations à résidence durant la bataille d’Alger –, a constaté que 3 024 des personnes concernées avaient disparu, exécutées sommairement, dont la plupart précipitées en mer depuis un hélicoptère, sur ordre du général Massu et du colonel Bigeard.

Dans sa lettre de démission au gouverneur d’Algérie, le socialiste Robert Lacoste, datée du 29 mars 1957, Paul Teitgen, relatant sa visite dans plusieurs centres d’internement, écrivait avoir « reconnu sur certains assignés les traces profondes des tortures qu’il y a quatorze ans, (je) subissais personnellement dans les caves de la Gestapo de Nancy ».


Le cynisme de Massu qui jura sous serment : « Maurice Audin s’ést enfui »

Quarante-quatre ans plus tard, en réponse à la journaliste du Monde, Florence Beaugé, le sinistre général Aussaresses assurait : « Teitgen avait découvert qu’on le roulait dans la farine depuis longtemps. Je lui faisais signer des assignations à résidence, ce qui permettait d’enfermer des personnes arrêtées. (…) En fait, on exécutait ces détenus, mais Teitgen ne s’en est rendu compte qu’après coup. »

Mais aujourd’hui, plus de cinquante-cinq ans après, qu’en est-il ? Dans un article paru dans le Nouvel Observateur du 1er mars 2011 et dans son livre remarquable, le Camp de Lodi, Nathalie Funès, qui a eu accès aux archives du colonel Godard, révèle le nom du meurtrier de Maurice Audin : Gérard Garcet. Ce dernier est désigné nommément par le colonel putschiste Godard (mort depuis) comme l’homme qui a exécuté Audin. Une révélation qui anéantit, selon la journaliste, « les déclarations de tous les gradés de l’armée, le général Massu, son supérieur, en tête, qui ont tous juré sous serment devant le juge à Rennes (…) que Maurice Audin s’était enfui ».

Josette Audin, qui n’a jamais lâché prise, avait déposé une plainte en 2001 pour séquestration et crime contre l’humanité. Sans réponse. En 2007, elle a écrit à Nicolas Sarkozy. Sans réponse. Et après les faits révélés par Nathalie Funès, elle a adressé, le 6 août 2012, une lettre (lire ci-contre) à François Hollande, estimant qu’« il est temps, plus de cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, que la vérité soit connue et reconnue ». Va-t-il lui répondre ? Va-t-il faire ce geste que de nombreux Algériens et Français attendent et qui permettra de faire la lumière sur cette affaire, et ouvrir la voie à des relations apaisées entre l’Algérie et la France ?

La lettre de Josette Audin à François Hollande 

En réponse, l’Élysée a indiqué à Josette Audin avoir transmis sa demande au ministère de la Défense.

" Monsieur le président de la République,
Je vous écris au sujet de mon mari, Maurice Audin.

En 1957, nous vivions à Alger avec nos trois enfants (trois ans, vingt mois et un mois). C’était la guerre d’Algérie. Comme beaucoup d’autres Algériens, Maurice était engagé dans la lutte pour la libération de l’Algérie. Comme beaucoup d’autres Algériens, il a été arrêté par les parachutistes français responsables du “maintien de l’ordre”. C’était le 11 juin 1957, pendant la bataille d’Alger. Comme beaucoup d’autres Algériens, il a été atrocement torturé, torturé jusqu’à la mort. Comme pour beaucoup d’autres Algériens, les militaires français responsables de son assassinat ont prétendu qu’il s’était évadé au cours d’un transfert. Les autorités civiles, militaires, juridiques, françaises s’en sont toujours tenues à cette thèse. Pourtant, des historiens, dont Pierre Vidal-Naquet, ont établi que mon mari était mort sous la torture. Une journaliste, Nathalie Funès, a trouvé récemment, dans les archives d’une université américaine, des éléments nouveaux.

Il est temps, plus de cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, que la vérité soit connue et reconnue. Pour commencer, il faut que les historiens puissent avoir accès à toutes les archives de toutes les personnalités civiles et militaires françaises en charge du “maintien de l’ordre” en Algérie, et à tous les niveaux. J’espère, Monsieur le président de la République, que vous aurez à cœur de faire ouvrir toutes ces archives pour que soit établie la vérité sur ce qui s’est passé, au nom de la France, en Algérie. Comme le président de la République Jacques Chirac l’a fait pour condamner la rafle du Vél’d’Hiv, j’espère que vous ferez aussi, au nom de la France, non pas des excuses pour des actes qui ne sont pas excusables, mais au moins une condamnation ferme de la torture et des exécutions sommaires commises par la France pendant la guerre d’Algérie.

Avec mes sentiments respectueux"

Partager cet article

Repost 0
Published by azzédine TAIBI - dans POLITIQUE
commenter cet article

commentaires