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  • : Azzédine TAIBI
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  • : Bienvenue sur mon blog. Il vous rendra compte de mon action et de mon engagement en tant qu'élu à la Mairie de Stains et au Conseil général de la Seine-Saint-Denis. Il vous informera de mes prises de position et des combats politiques que je mène au quotidien avec et pour les citoyens. Ce blog est aussi l'occasion de recueillir vos remarques et vos propositions pour construire une alternative politique. Alors sans plus tarder, bonne visite et à très bientôt !
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 22:54

Entretien avec José Tovar* paru dans le mensuel "Regards" dans le cadre du dossier " Réouverture de la chasse au mammouth ! "

* Enseignant, syndicaliste, animateur du Front thématique « éducation » au sein du Front de gauche au titre de la FASE.

 

Le jeudi 31 janvier, les enseignants étaient appelés à faire grève avec toute la fonction publique. Ils le seront de nouveau le 12 février sur les questions scolaires. Quel est leur état d’esprit ?

Les enseignants sont mal dans leur peau, mal dans leur métier. Depuis plus de cinq ans on a vu une accumulation de reformes à tous les niveaux , primaire et secondaire, sans que les enseignants n’aient été consultés sur leur nécessité ou leur pertinence, et le résultat de tout ça, c’est  la dérèglementation tous azimuts : plus personne ne maîtrise la cohérence d’un métier aux implications affectives très fortes ! Les enseignants sont sommés d’ « innover » et doivent improviser en permanence. Ce qui hier coulait de source, ne coule plus de source aujourd’hui. Par exemple, l’introduction des enseignements de soutien à l’école élémentaire a provoqué un bazar pas possible: Horaires, durée, nombre d’élèves concernés : rien n’était  clairement et réellement conçu dans l’intérêt des élèves, tout pour la façade ! durant ces dernières années, on a chargé la barque des programmes ( une langue vivante obligatoire, l’informatique, des évaluations à répétition …  alors même que la durée totale d’enseignement diminuait ! . Au collège, le passage d’un enseignement fondé sur les disciplines à un enseignement basé sur les compétences oblige les profs à réinventer leur métier alors même que leur formation initiale ne les y a pas préparé, qu’elle a même été supprimée pour les nouveaux recrutés (sans parler de la formation continue, toujours inexistante !) . Au lycée, les réformes Chatel on complètement désorganisé le fonctionnement antérieur : multiplication des options ( au choix des élèves ) , des groupes disciplinaires ou de niveaux, suppressions d’enseignements, etc… une partie grandissante des enseignements proposés se fait pratiquement « à la carte » : en dehors de quelques matières, les élèves d’une même classe ne sont plus jamais ensemble, ce sont les enseignants qui doivent gérer les effectifs ; l’accompagnement personnalisé censé apporter une aide aux élèves en difficulté plus ou moins lourde, mais passagère, est détourné pour permettre à certains profs de « boucler » leur programme, car les heures normalement prévues à l’emploi du temps ont diminué et ne suffisent pas, alors que les exigences, selon les instructions officielles, ne cessent d’augmenter ! on passe désormais un baccalauréat professionnel en trois ans, au lieu de quatre , sans que les exigences théoriques au programme aient diminué, etc…    
Et toutes ces réformes interviennent alors même que les profs sont confrontés à des conditions de travail aggravées ( alourdissement des effectifs du fait des suppressions massives de postes ( plus de 80 000 en cinq ans), et qu’ils sont bien obligés de faire un constat éprouvant, c’est que leurs élèves en savent de moins en moins et qu’ils sont de plus en plus en échec, sortant par centaine de milliers de l’école sans diplôme qualifiant . Alors même que s’accroit la pression des obligations et de la hiérarchie, et que les salaires n’augmentent pas et que le pouvoir d’achat ne cesse de baisser avouons que d’ un point de vue professionnel, tout cela est très frustrant ! les enseignants espéraient qu’avec l’élection d’un gouvernement de gauche, on allait enfin pouvoir inverser le cours des choses, rediscuter de ce qu’il faudrait faire avec l’école pour que les élèves réussissent mieux, et ils sont bien obligés de constater que ce n’est pas le cas !

 

 

Comment réagit le monde enseignant et les syndicats sur la question des rythmes scolaires ? On avait compris que les syndicats soutenaient la réforme Peillon et qu’ils ne la soutiennent plus ?

C’est un peu vécu comme une goutte d’eau en trop au regard des attentes et parfois des espoirs que ce nouveau gouvernement suscitait parmi les collègues. Pour tous ceux qui travaillent tous les jours, toute la journée, demander aux instituteurs de modifier leur emploi du temps et travailler une demi-journée en plus par semaine devant élèves peu paraitre dérisoire. Surtout si c’est pour le bien des enfants…

 

… C’était encore la norme il y a seulement cinq ans ?.

Oui, mais le corps enseignant connaît un fort renouvellement et ils sont nombreux à ne pas avoir connu cette situation antérieure. Mais là n’est pas l’essentiel, quoi qu’en dise une campagne de presse malveillante.

Revenons à l’argument du bien des enfants : Nul ne croit vraiment que la réussite des élèves se joue sur ces 45 minutes de plus ou de moins à midi ou en fin d’après midi ! Les enfants, même les tout petits, ne souffrent pas de trop d’heures passées à l’école, mais ils souffrent lorsqu’ils s’ennuient à l’école, et surtout lorsqu’il sont en échec dans leurs apprentissages !  Or Il apparaît que l’essentiel de la réforme ne consiste pas à s’interroger sur les raisons qui expliquent pourquoi tant d’élèves sont en échec scolaire, avec l’idée qu’on pourrait  essayer de corriger ce qui ne marche pas, essayer de trouver des solutions pour qu’ils réussissent, modifier les conditions d’enseignement, l’organisation même de la scolarité des élèves , revisiter les programmes, sensibiliser  les enseignants aux progrès de la recherche en sciences de l’éducation, etc… les enseignants sont très demandeurs, ils attendaient des initiatives du gouvernement de ce point de vue, et qu’est ce qu’on leur sert ?  ils voient  qu’il s’agit en réalité  d’opérer un transfert de charge sur les municipalités, de municipaliser certains enseignements ! Or ils ne sont pas convaincus à priori de la qualité de ces prises en charge ! Ils n’ont aucune garantie que ces activités prétendûment périscolaires seront de qualité, égalitaires… ni mêmes qu’elles seront obligatoires ! Leur doute repose en particulier sur leur connaissance des finances locales : la plupart des municipalités n’ont pas l’argent pour payer de vrais profs, ou des animateurs culturels vraiment qualifiés ! Les profs n’ont aucune confiance dans ce que les municipalités sont en capacité de prendre en charge et d’organiser. Ils sont septiques sur ce que des personnels non qualifiés, sous-payés et peu formés vont être capables de faire. Cette affaire des rythmes scolaires est une opération d’enfumage, de plus en plus vécue comme telle. Ce n’est pas l’intérêt de l’élève qui en est le cœur. La FSU et le SNUIPP ont commencé par l’approuver car on leur laissait entendre qu’il y aurait des compensations pour les instits, et que les élèves avaient tout à y gagner, mais les collègues voient bien, aujourd’hui, qu’il n’en est rien …

 

Comment expliquez-vous la mobilisation des instits à paris, près de 9 sur 10 en grève contre cette réforme à la mi janvier et beaucoup moins le 31 ?

Il y a deux niveaux d’ explication. Le premier  tient à la sociologie du monde enseignant et à son nouveau rapport au syndicalisme. Le corps enseignant s’est énormément rajeuni depuis une décennie. Ici comme ailleurs ces jeunes sont sans tradition syndicale et politique. Mais ici cela tranche davantage avec un passé où les profs étaient souvent syndiqués dès leurs études. Il y a 20 ou 30 ans, le taux de syndicalisation était très important dans le métier, de 30 à 40%, tous syndicats confondus. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, Il y a une rupture d’histoire. Les enseignants se mobilisent plus ponctuellement , par à coups, en fonction des agressions dont ils pensent être les victimes, en particulier concernant les valeurs dont ils sont porteurs. Le mouvement parisien exprime un « ras le bol » généralisé devant la non prise en compte de leur parole, de leur analyse de ce qu’il faudrait faire de toute urgence pour que l’école aille mieux, alors qu’on veut leur imposer quelque chose qu’ils perçoivent comme inefficace pour les élèves et dangereux pour eux, en tant que salariés ! et il est soutenu par le syndicat au niveau local . L’inverse du mouvement du 31 janvier. Les collègues sont désorientés, en colère. Le syndicat ne dirige pas , il prend en compte la volonté des collègues, ce n’est pas la même chose, mais c’est beaucoup plus efficace !

L’autre facteur d’explication est plus local. Paris, comme Lyon et Marseille bénéficient d’un système particulier avec un corps d’enseignant de la ville qui intervient dans les classes pour l’enseignement de la musique, des arts plastiques et du sport. Ces heures permettent aux instits de « souffler » professionnellement dans la mesure où ce sont des vrais professionnels qui viennent travailler avec leurs élèves pendant leurs heures de cours. Avec cette réforme, Ils redoutent à raison que ces profs complémentaires n’interviennent désormais plus qu’en dehors de leurs  heures de classe normales, que ces enseignements ne soient externalisés, municipalisés,  et que donc cette réforme constitue pour eux un surcroit substantiel de travail.

Les instits sont furieux. Cela bouleverse leur vie professionnelle, mais aussi personnelle. Un de leur rare avantage est leur relative disponibilité, pendant l’année et avec des vacances scolaires et les mercredis où ils pouvaient s’occuper de leurs propres enfants . Et voilà que se profile aussi la remise en cause de cet avantage là, sans aucune compensation financière qui plus est !… Comme salariés ils se sont mobilisés pour défendre leurs conditions de travail et de vie, ça me paraît normal !

 

On peut comprendre ce refus d’une dégradation des conditions de travail. Mais pourquoi ne pas le dire ainsi plutôt que de refuser une réforme qui paraissait faire consensus : les enfants ont des journées trop longues, trop fatigantes…

C’est un vieux problème : Du fait justement qu’ils ont l’avantage des vacances, que tout le monde leur envie, les enseignants ont un complexe à revendiquer pour leurs salaires… Mais j’insiste : ce que l’on est en train de faire n’est pas conduit dans l’intérêt des enfants. Les travaux en science de l’éducation montrent que ce dont souffrent les élèves c’est d’une mauvaise organisation de l’école et des enseignements, qui conduisent à ce que trop d’élèves s’ennuient à l’école, qu’ils sont trop souvent en échec dans les apprentissages, et que du coup ils développent un phénomène de rejet, voire d’opposition envers l’école.  Mais ce n’est pas à cela que s’attelle le gouvernement. Il met en place une politique de démantèlement du système scolaire – avec, par exemple, le maintien de la politique de désectorisation qui renforce la constitution de ghettos scolaires , et le maintien de l’autonomie des établissements qui met les uns et les autres en concurrence ouverte, au détriment de l’égalité de traitement de tous les élèves, principe républicain s’il en est. C’est l’abandon de toute ambition culturelle pour le plus grand nombre avec l’instrumentalisation au service de l’économie voulue par l’OCDE sous l’injonction de la mise en place d’un enseignement fondé sur l’approche pédagogique dite « par compétences », avec son corollaire du « socle commun » qui justifie la coupure entre « l’enseignement pour les pauvres »  ( l’ensemble école élémentaire-collège, jusqu’à 16 ans), et l’enseignement pour les classes plus favorisées, qui pourront suivre le cycle lycée – enseignement supérieur, et, parmi les outils de cette dénationalisation/restructuration du système éducatif national, le transfert de responsabilités d’enseignements hier encore assumés par l’état  vers les collectivités locales et territoriales. C’est ainsi par exemple,  que la nouvelle loi de décentralisation en gestation prévoit le transfert de l’intégralité de la formation professionnelle initiale vers les régions (personnels compris)avec tous les risques d’enfermement local que cela signifie. Il y a une logique d’ensemble à tout celà : c’est une idéologie, fondée sur la conviction que tous les jeunes ne sont pas aptes à faire des études longues, qu’il ne sont pas tous capables d’assimiler une culture générale de haut niveau et que, du coup, dans leur propre intérêt, il faut bien opérer un tri sélectif le plus vite possible pour orienter les uns vers des métiers  pour l’essentiel d’exécution conformes aux besoins de l’économie néo-libérale telle qu’elle s’organise au niveau mondial et qu’on ne conteste pas, et les autres vers des formations longues correspondant également aux besoins de  cette économie, mais au niveau de l’encadrement. Cette vision de l’école correspond à un projet de société inégalitaire. Le fond du problème est là, tout le reste, c’est du discours, de l’habillage, de l’enfumage. Et le malaise enseignant exprime toutes ces contradictions, ces conflits à la fois d’intérêt immédiat ( mes conditions de vie, mon salaire ), d’éthique professionnelle ( le sens que je donne à mon métier, les valeurs que je défends), et de conviction idéologique et politique ( l’école de la république pour quelle société ?).

 

Entretien réalisé par Catherine Tricot

 

 

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Published by azzédine TAIBI - dans POLITIQUE
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